Faut-il continuer à enseigner le français en BTS ?

La question vaut aussi bien pour moi, enseignant, que dans l’absolu, pour le programme, les candidats et les entreprises qui vont les recruter après.
Avec la fin de l’année scolaire, et les résultats du BTS, vient toujours une période de réflexion sur les efforts fournis et les résultats obtenus, et cela me concerne aussi bien que mes étudiants.
Avoir passé 72h x 2 ans en français pour obtenir des notes relativement décevantes, généralement inférieures aux moyennes annuelles de mes étudiants, et souvent inférieure à la moyenne académique vous fait vous remettre en cause.
Surtout quand la collègue, avec une autre méthode, obtient -parait-il- de meilleures notes. Et que le manager menace de raccourcir les heures de cours pour la rentrée : « Ah quoi bon faire 2h par semaine vu les résultats obtenus ? ». On se le demande.
Pourtant, le gros de l’écœurement vient plus tôt du poids du français dans l’ensemble de l’épreuve.
Ainsi, pour les BTS où j’enseigne, le français est souvent à égalité avec les autres matières générales (éco, droit, anglais) et de coeff. inférieur aux matières professionnelles (étude de cas, présentation des actions ou des projets). Déjà une certaine dévalorisation : les étudiants vont centrer leur travail sur les matières pro, et pas sur le français, par exemple. Mais cette distinction se fait aussi chez le corps dirigeant et administratif (pas le même poids dans les négociations, pas la même considération, voire la même affection, voire le même salaire -n’oublions pas que je bosse dans le privé).
Pire, la distinction matières pro/matières générales se trouve aussi au sein des consignes de l’Inspecteur et des Présidents de jurys.
En effet, lors des corrections de copies de français, auxquelles je participe, on nous demande de rester proche de la moyenne obtenue l’an passé (autour de 9). Le niveau ne peut s’améliorer (ni baisser, d’ailleurs). Quels que soient les efforts fournis par le corps enseignant, les candidats seront toujours cantonnés grosso modo à un 9. Alors pourquoi se fatiguer ?
Tandis que dans les commissions de matières professionnelles, on nous précise que l’épreuve est faite pour tirer le candidat vers le haut. « Faut bien, vu les notes obtenues en français et ailleurs ».
On cantonne donc 1 matière en-dessous de 10 sans perspective d’amélioration, et on tire vers le haut une autre épreuve.
Ainsi, entre le choix des candidats de ne pas -trop- travailler le français, le dédain de l’encadrement et celui des instances officielles,on se demande bien (moi en tous cas) pourquoi continuer à enseigner le français ?
Car, histoire d’en rajouter une couche, la nature même de l’enseignement, porté par les consignes de l’examen, mais dans les faits par les consignes de correction, n’engage pas à plus d’optimisme. Qu’on en juge.
Depuis la Réforme, l’épreuve de français pardon, de Culture générale et expression porte sur 2 thèmes et 2 exercices, à appliquer en 4 heures.
Une note de synthèse et une écriture personnelle sur 1 des 2 thèmes (la manipulation dans l’image, le détour, la critique du Progrès, la fête).

On en arrive non pas à une culture générale mais à une culture spécialisée sur un thème, inexploitable par la suite dans un contexte professionnel. Quant aux 2 exercices, le Référentiel est si succinct, flou, et parfois contradictoire avec les consignes de correction que ni moi, ni mes étudiants ne savons vraiment comment satisfaire un correcteur aux critères très hypothétiques. Faut-il mettre l’accent sur la forme ? la méthode ? la compréhension ? l’analyse ? le style ? l’orthographe ? le nombre de pages ?

(Qu’il s’agisse de la note de synthèse ou de l’écriture personnelle, nombreux sont les collègues à s’interroger sur l’usage qui en sera fait en entreprise.)

Quand je regarde les choix faits par ceux qui ont de meilleurs résultats que les miens, je concède que ma stratégie est mauvaise.
A court terme.
Car c’est ce choix que j’ai fait.
Si on regarde de plus près, l’échec au BTS est dû généralement aux notes obtenues en matières générales (parmi lesquelles le français). Ce constat invalide le choix des candidats qui préfèrent porter les efforts sur les matières pro.
De plus, si on regarde maintenant à moyen ou long terme, on constate qu’un individu issu de Bac+2, après 5 à 6 ans de travail, change de domaine ou d’activité professionnel. Ce qui veut dire que les compétences pro acquises pour le diplôme deviennent obsolètes très rapidement. Il ne reste alors comme compétences pérennes, et sollicitées par les entreprises, la capacité d’adaptation, la faculté d’analyse, une culture personnelle et une curiosité (professionnelle). Les compétences professionnelles sont acquises au travail, par des formations principalement.
En mettant l’accent sur l’analyse et la compréhension des textes, parfois rudes pour des BacPro ou même des BacS ; en abordant les multiples genres de document, et les outils de compréhension qui vont avec ; en remontant aux sources de l’actualité ; en travaillant la méthode de synthèse et d’argumentation personnelle, je fais le pari d’une réussite sur le long terme. Enfin j’y crois. Et je fais confiance aux gens pour tout exploser dans les domaines pro !